La question est lancinante pour les développeurs en voie de vieillissement : peut-on encore coder après 40 ans ?

J’approche dangereusement de cet âge vintage où, contrairement à ce que ceux qui ont vécu aussi longtemps prétendent souvent, on n’est plus vraiment jeune.

Et où j’ai encore envie de coder, mais plus que ça. J’ai surtout envie d’entreprendre. Ca tombe bien, car être développeur après 40 ans devient difficile. Pourquoi?

Les vraies raisons

  • Vous coûtez cher. Doublement cher. En salaire, naturellement. Mais en cotisations patronales également, du seul fait de votre âge pour un salaire donné. C’est un des nombreux effets pervers de notre système de cotisations sociales.
  • La plupart des développements ne demandent pas un senior. La mise en place de l’architecture, la découpe d’une application, le choix des technos, … oui. Mais le gros du travail, un fois les balises posées, est avantageusement exécuté par des personnes moins expérimentées et moins couteuses.
  • Il est plus difficile de vous faire gober des énormités qu’à un jeune. Par exemple, prester des heures supplémentaires sans compensation alors que le projet a été d’emblée mal géré et qu’on n’a pas écouté le dev senior qui voyait venir l’écueil, ou parce que “les chiffres sont mauvais” et que “c’est la crise” (alors que vos collègues vendeurs sont malgré tout payés de l’or en bar et que le département marketing est dispendieux).

Les mauvaises raisons

Elles ne résistent pas à l’analyse mais renforcent l’idée du recruteur que vous n’êtes pas la personne adéquate :

  • Vous êtes moins ouvert aux nouvelles technos. Le jeune serait baigné dans les technos les plus récentes et serait plus à même de mieux les comprendre.
  • Plus facile à former : votre esprit serait trop empreint de veilleries et vous auriez tendance à vous fermer ou à vous raccrocher à vos acquis.
  • Moins de flexibilité dans les horaires, à cause de la vie de famille.

Bien entendu, même dans la quarantaine, vous pouvez être avide de nouveautés, bénir les bonnes technos qui arrivent enfin et que vous attendiez depuis une décennie tout restant circonspect face aux mauvaises recettes qui ont déjà échoués par le passé.

Et avec des collègues motivés, je n’ai pas eu l’occasion de noter de différence entre collègues plus jeunes et plus âgés ni avec ou sans enfants quand il s’agit de donner un coup de collier avant une livraison. Les horaires difficiles et les heures supp’ devraient d’ailleurs rester exceptionnels sur des projets agiles…

Un problème culturel

Il semblerait que le problème soit particulièrement aigu en France, bien plus qu’en Belgique. Quand je vois l’archaïsme du marché du travail IT en France, fait de titres ronflants et d’apparences, cela me semble concordant. Par opposition, un poste technique à un âge avancé semble plus normal aux États-Unis.

Chef de projet

L’évolution “naturelle” serait de passer chef de projet, ce qui est une aberration . Architecte ou spécialiste technique ou formateur comme le suggère Guillaume Delamarre sont des évolutions naturelles, mais pas chef de projet.

Pour lui, c’est comme si un serveur de restaurant devait naturellement devenir cuisinier. Ou, pour remettre cette analogie à une sauce aéronautique encore plus à mon goût, comme si un steward devait nécessairement devenir pilote. :-p

Si l’opportunité se présente, interrogez-vous : est-ce vraiment ce que vous avez envie de faire ?

Les parades

Au risque de vous décevoir, je n’en vois pas vraiment. Quelques pistes :

Ne pas se laisser dépasser. Constamment rester à la page. Il ne faut que quelques années pour être largué. Dans le domaine web/java, encore moins que ça. Même si votre “vieille” maîtrise d’un domaine appartenant au passé (PowerBuilder, COBOL, …) est, dans un premier temps, plus recherchée et plus lucrative, ce n’est peut-être pas un choix judicieux sur le long terme.

Avoir un projet informatique personnel, solution proposée par mageekbox. Vous vous emmerdez à votre travail mais vous avez un chouette projet sur le côté.

Been there, done that. Au final, vous ne retirez aucun épanouissement des 40 heures/semaine + trajets que vous prestez pour votre job alimentaire. Vous y ajoutez la frustration de ne pas pouvoir travailler sur votre vrai projet pendant ces longues heures, et vous puisez sur votre temps libre pour faire de l’informatique qui vous plait. À ne garder qu’en dernier recours.

Mettre de côté et ne pas augmenter vos charges, ce qui semble aller à contre-courant de ce qui se fait. La quasi-totalité des gens que je côtoie attendent ou ont attendu 30-35 ans pour avoir des enfants. Il leur faut alors un logement plus grand (et plus coûteux), une voiture plus grande voire une première voiture. Dans pas mal de cas, la mère arrête de travailler, ce qui aggrave encore la situation financière. La charge des études supérieures se manifeste justement quand le père-codeur a 40 ou 50 ans et qu’il devient plus difficile de conserver un travail rémunérateur.

Chacun se met le couteau qu’il veut sous la gorge :)

Passer freelance comme prestataire à temps plein pour un client. Vous n’êtes plus perçu comme un investissement pour la société mais comme un prestataire de services. Vous pouvez calquer votre rate sur le boulot et sur l’offre et la demande sans tenir compte de qualités qui, à vos yeux (mais pas à ceux du client), justifieraient des honoraires plus élevés. Vous réduisez ainsi l’écart avec les plus jeunes.

Ce dernier point n’est que très théorique. Passer du statut d’employé à indépendant a bien d’autres implications qui ne vous conviendront pas forcément. Et vous ne braderez jamais vos tarifs jusqu’au niveau d’un junior, ne serait-ce parce que ça ne colle pas commercialement.

Par contre, passer freelance et travailler sur des projets reste une bonne option. Vous ne proposez pas un rate mais un prix fixe pour un travail donné. Vous faites non seulement du technique, mais vous faites probablement du technique comme ça vous plaît. Cela implique bien entendu de décrocher des contrats et de multiplier les clients.

Lancer votre boîte. Ce qui vous amènera peut-être à… moins développer. Sauf lors de la phase où vous attaquez un prototype, depuis votre garage (personnellement, je travaille depuis ma terrasse), ou lors de la phase extatique de développement d’un produit. L’entreprenariat implique cependant de bosser sur un tas d’autres choses que du développement, avec un risque d’échouer et de vivre un certain temps sans le sous. Et cela suppose une volonté réelle d’entreprendre, avec une idée viable à concrétiser.

Malheureusement pas de silver bullet à vous proposer, je le crains.